"Si seulement je pouvais lui manquer"
Lorsqu'Adam était bébé, son papa s'occupait de lui beaucoup plus souvent que moi, qui n'arrivais pas à le comprendre. Au fil des mois, j'ai appris à décrypter le comportement atypique d'Adam et la tendance s'est progressivement inversée. Je crois avoir noué un lien très fort avec mon fils.
Les relations actuelles d'Adam avec son papa, c'est une autre histoire.
Certainement trop difficile d'avoir un enfant autiste.
La plupart du temps, la venue d'un enfant handicapé pertube fortement un couple. En général, il y a deux solutions : soit le couple se soude encore plus pour faire face à la situation, soit il explose. Le mien a fait partie de la deuxième catégorie.
Peu à peu, Adam et son papa se sont éloignés l'un de l'autre. Aujourd'hui, quand Adam voit son père, il lui répète en boucle "au revoir, Papa".
Je me souviens que lorsqu'Adam a commencé à marcher, il venait me chercher pour me prendre par la main et m'emmener devant l'objet qu'il désirait. Incapable de pointer du doigt à cette époque et non verbal (pas même de gazouillis), c'était sa seule forme de "communication" et elle a duré longtemps. Son papa ne s'est jamais prêté au "jeu".
Plus tard est venu le temps des reproches à mon encontre : "mais cesse donc de faire des recherches sur Internet, Adam n'est pas autiste, c'est n'importe quoi".
Quand finalement le diagnostic a été posé, la culpabilisation a été de mise : "personne n'est autiste chez moi, ça vient forcément de ta famille".
A force de petites phrases, de non-dits et d'absence de participation pour les prises en charge, le fossé s'est creusé entre Adam et son père et entre son père et moi-même.
Le papa d'Adam a voulu fuir cette réalité, sûrement trop difficile à gérer ... en jouant. Tous les soirs, avec un casque sur la tête et un micro, il restait devant l'ordinateur à jouer en ligne jusqu'à une heure très avancée. Parfois, je me demandais lequel d'Adam ou de lui était le plus autiste : le fils, atteint d'un TED ou le père, se réfugiant dans un monde virtuel.
Ce qui devait arriver arriva, le divorce.
A présent que chacun vit chez soi, Adam n'est encore jamais allé passer une nuit chez son papa. Axel, si.
Certainement trop compliqué à organiser (pardon, à assumer).
Ce vendredi soir, j'ai déposé Axel chez son père. Adam a eu droit à un simple bonjour, pas de bisou parce qu'il faisait froid et nous sommes repartis à la maison, passer le week end tous les deux.
Adam devra peut être apprendre à se construire sans son papa, un papa qui n'est pas absent puisqu'il s'occupe de son frère aîné. Comment trouver les mots justes pour lui expliquer la situation ? Mon excuse est que nous devons aller au cirque tous les deux le samedi matin et qu'Axel ne peut pas venir avec nous. Mais combien de temps vais-je pouvoir me réfugier derrière cette explication ?
Si seulement Adam pouvait manquer à son père ...