Scolarisation, 5 ans après

Publié le par Cécile

Cinq ans après, qu’en est-il de l’intégration des enfants porteurs d’un handicap à l’école ?

C’était l’un des engagements de Nicolas Sarkozy lors de la campagne à l’élection présidentielle de 2007 (« Ma République, c’est celle du droit opposable à la scolarisation des enfants handicapés » Discours du 14 janvier 2007), qui avait même donné lieu à un vif débat entre Ségolène Royal et lui-même lors du débat de l’entre deux tours : augmenter le nombre d’enfants porteurs d’un handicap à l’école, la loi du 11 février 2005 affirmant le droit, pour tout enfant porteur d’un handicap, d’être scolarisé dans l’établissement de son secteur.

Cinq ans après cet engagement, où en sommes-nous ?

Au mois de mai 2011, Nicolas Sarkozy a demandé à Paul Blanc, sénateur, de dresser un bilan d’application de la loi du 11 février 2005 concernant la scolarisation des élèves handicapés et de formuler des préconisations pour l’améliorer.

Ce rapport, présenté le 8 juin 2011, lors de la Conférence nationale du handicap, a permis à Nicolas Sarkozy de faire un numéro d’autosatisfaction car le nombre d’enfants scolarisés a nettement progressé : 50 000 enfants de plus étaient scolarisés à la rentrée 2010 par rapport à la rentrée 2005, soit 201 388 enfants.

Cependant, ce chiffre ne doit pas masquer une réalité bien différemment ressentie sur le terrain par les parents concernés et les enseignants.

En tant que mère de deux enfants « porteurs d’un handicap » et parent d’élèves, les informations dont je dispose sont plutôt éloignées du discours officiel :

-    Augmentation du nombre d’enfants scolarisés :

Oui, mais scolarisation ne signifie par fréquentation à l’école à temps complet (soit 24 heures par semaine) et ils sont encore trop nombreux les enfants qui ne vont à l’école qu’à raison de deux demi journées par semaine, voire moins.

Exemple : lorsque Adam a commencé sa petite section le 30 novembre (donc trois mois après la rentrée scolaire, faute d’AVS), il n’allait en classe que les lundi et jeudi, de 9h à 10h30.

Autre exemple : l’année dernière, une petite fille autiste que je connais a été intégrée en CLIS (classe d’inclusion scolaire) : temps de scolarisation après quelques semaines, tous les jours de 9 à 10 heures.

Est-ce acceptable pour les parents et l’enfant : clairement, ma réponse est non (et cela indépendamment du fait que c’est ingérable si les deux parents travaillent).

Pourtant, avec 3 heures de scolarisation par semaine, mon fils aurait été comptabilisé dans les statistiques.

 

-    Moyens mis à la disposition de l’école pour favoriser l’intégration des enfants porteurs d’un handicap :

La loi de 2005 prévoit deux types d’aide : matérielle et humaine. C’est cette dernière catégorie qui pose le plus de difficultés puisque beaucoup d’Auxiliaires de Vie Scolaire Individuelles (AVSi), bien qu’attribués par décision de la Maison Départementale des Personnes Handicapées, ne sont pas recrutés.

Exemple : dans l’école primaire de mon fils aîné, sur 105 heures d’AVS attribuées par la MDPH du Val de Marne, encore 66 n’étaient pas pourvues à la rentrée de janvier 2012. C’est donc tout le premier trimestre et le début du second qui s’est déroulé dans des conditions plus difficiles pour les enfants, les enseignants et les classes concernées.

Mon fils n’a d’ailleurs jamais vu la moindre AVS depuis 2 ans, date de la première décision de la MDPH qui lui attribuait cette aide humaine. Correctement pris en charge et documenté par mes soins sur le trouble dont il souffre par ailleurs, la maîtresse s’accommode de la situation depuis le CM1 mais cela n’a pas toujours été facile.

 

-    Le statut des AVS :

Pourquoi tant de problèmes de recrutement des AVS ? Tout simplement à cause de la précarité de leur statut. Les postes seraient budgétisés, selon les informations données aux parents d’élèves, mais ces postes manquent sérieusement d’attractivité : rémunération très faible, contrat précaire limité à 20 heures par semaine sur les périodes d’école, pas de formation alors que les handicaps sont très variés, aucune perspective de carrière…

 

-    Les difficultés spécifiques liées à la scolarisation dite « collective » :

Quand les enfants sont orientés dans un dispositif collectif de scolarisation (en CLIS dans le premier degré et en ULIS dans le second degré), les choses se compliquent parfois : pas d’AVS collectif alors que l’enseignant, qui n’est pas toujours spécialisé, est en face d’enfants porteurs de handicaps parfois très différents (les élèves sont 12 au maximum) et qui nécessitent un suivi très rigoureux. Adam a de la chance, après le départ de l’AVS co l’année dernière, l’enseignante n’a connu qu’une vacance de poste durant un mois, avant l’arrivée d’une nouvelle AVS co.

Mieux, les MDPH refusent souvent que certains enfants bénéficient d’une AVSi en raison de la présence d’une AVS collective, le raisonnement étant que si un élève scolarisé en CLIS ou en ULIS a en plus besoin d’un accompagnement individuel, il n’a pas sa place à l’école ! Raisonnement particulièrement spécieux concernant les enfants autistes qui ont souvent besoin d’un étayage individuel pendant de longues années, étant inaccessibles à la consigne collective. Doivent-ils pour autant être exclus de l’école au profit des Instituts Médicaux Educatifs (IME), je ne le pense pas.

C’est ainsi qu’avec l’accord de l’école, je rémunère sur mes deniers personnels un accompagnant spécialisé dans l’autisme depuis l’année dernière. Adam progresse vite et bien de cette façon. Mais pour un enfant autiste disposant d’une prise en charge sur mesure aux frais de sa famille qui en a les moyens financiers, combien sont laissés sur le bord du chemin ?

Pour mémoire, je rappelle que le Collectif Autisme a estimé à 80% les enfants autistes non scolarisés à l’heure actuelle.

Telle est la situation actuelle.

Nous sommes en France, en 2012.

Alors, il ne faut pas claironner victoire. Prenons les mesures pour assurer effectivement le droit à la scolarisation dans les écoles de la République des enfants porteurs de handicap dans des conditions dignes de celles des autres élèves, pour que ces enfants ne soient plus considérés comme des sous citoyens.

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Agnès Chabot 02/05/2012 15:45

Très bien ton article ; il y a certainement un gisement d'emplois dans l'accompagnement par les AVS, mais qui présuppose 1) une VRAIE formation des AVS 2) une VRAIE possibilité de carrière et 3) un
financement pérenne.

Pour les cahiers d'évaluation, des AVS professionnels pourraient parfaitement les remplir ... à charge pour l'enseignant de renseigner la partie purement scolaire, sous réserve que ces évaluations
aient un intérêt et ne moisissent pas au fond d'un placard.

Cécile 05/05/2012 18:37



Sous réserve que quelqu'un lise la tonne de documents administratifs qui sont joints dans chaque dossier, effectivement. Vu l'augmentation de ceux qui sont demandés par la MDPH depuis
plusieurs années, j'en doute !



aurelie 02/05/2012 07:11

votre article est tellement juste!!!mon fils refait une GS cette année et nous optons pour une orientation clis l an prochain avec AVSi mais il semblerait que dans notre département ce soit NIET
pas d avsi car justement il y a une avs co...
on préfererait mettre mon fils en cp avec avs... mais je trouve cela tellement absurde!!!!!! il va y faire quoi en CP??? la plante verte au fond de la classe??? on va me dire "madame il est calme
en classe ..." oui mais il n'apprendra rien car rien ne sera adapté, car le niveau sera trop élevé, car il y aura trop de monde autour de lui..... bref nous ne lachons rien et heureusement avons
une super enseignante référente qui nous appuie... mais bon... comme si le quotidien n était pas assez difficile comme ca....
en tout cas bravo pour votre blog que je suis régulièrement!

Cécile 05/05/2012 18:36



Merci Aurélie, bon courage pour l'année prochaine et argumentez bien votre demande d'AVSi car ce n'est pas facile à obtenir en CLIS!



isabelle 01/05/2012 21:25

Je suis institutrice en maternelle en MS et GS et je souhaite apporter quelques informations sur le vécu au quotidien dans les classes à partir de mes expériences personnelles.
J'ai toujours eu des élèves dans le cadre du handicap (autisme, trisomie...).

J'ai, dans ma classe, cette année, un élève Nahel (trisomique). Il est intégré à temps plein alors qu'un AVS est présent seulement 20 heures par semaine (posant parfois de gros soucis
d'organisation et de sécurité). Cet AVS n'est pas formé et souvent complètement dépassé par le comportement de Nahel (il lançe des objets dans la classe ou profite de tous les instants pour
chercher à fuir et se cacher). Je vois malheureusement sa maman chercher à trouver une solution pour son avenir et se battre au quotidien pour lui.
Nahel a fait de gros progrès en numération comme en motricité fine. Il est à l'aise au sein de la classe et c'est un plaisir de voir ses copains venir le chercher pour jouer.

Par contre, des questions me posent de plus en plus soucis :
- Est-ce normal que je sois obligé de "lâcher" régulièrement le reste de la classe ou mon groupe de travail pour intervenir auprès de Nahel ? Je culpabilise car je ne peux être présente à 2
endroits de la classe en même temps et j'ai l'impression de faire sans cesse des allers-retours épuisants dans la classe.....
- Est-ce normal qu'on ne nous demande pas d'aider à choisir ces AVS qui vont intervenir ensuite dans nos classes ?
- Est-ce normal qu'on nous demande de plus en plus de dossiers à remplir et de réunions à tenir parce qu'on a un élève dans le cadre du handicap dans notre classe (alors que ces compte-rendus sont
souvent épais à remplir et jamais lus) ?
- Est-ce normal de ne pas former les AVS et de laisser les enseignants jouer les formateurs ?

Je suis, de loin, par votre blog, votre combat de mère.
Je ne vois pas l'Education Nationale aller dans le bon sens (malheureusement) sur ce point. Et, je sais, qu'au contraire de ce qui est dit dans les programmes ou les promesses, cela s'est même
dégradé depuis quelques années.....
J'ai choisi mon métier et je l'aime profondément. je souhaite accueillir, dans l'avenir, tous les élèves DANS LES MEILLEURES CONDITIONS POSSIBLES. Tout élève doit avoir ses chances, mais faut-il
lui en donner les moyens (humains et/ou matériels).
Bon courage pour la suite.

Cécile 01/05/2012 22:27



Bonsoir Isabelle,


Je ne suis pas certaine qu'on aille effectivement dans le bon sens et je souhaite que les prochaines orientations qui seront prises permettront d'accueillir tous les élèves dans de bonnes
conditions. La réforme du statut des AVS est essentiel : pas ou peu formés au différents types de handicaps, salaires très bas, pas de perspectives de carrière ... rien n'est fait pour
développer et pérenniser cet emploi.


Pour répondre directement à vos interrogations, de mon point de vue, un enseignant doit pouvoir gérer sa classe dans de bonnes conditions tout en arrivant à intégrer les élèves porteurs de
handicaps mais sans les moyens qui vont avec, c'est difficile, c'est évident. En CLIS, et a fortiori en classe "normale", l'enseignant ne peut pas être présent pour un unique élève.


Le système actuel a ses limites, c'est sûr et même la promesse de F. Hollande d'augmenter le nombre d'AVS, s'il est élu, ne réglera pas toutes les problèmatiques puisque le manque de
formation perdurera et que selon toute vraisemblance, les AVS contiueront d'être placés sans que les établissements participent réellement au choix.


Quant aux nombre de réunions et de CR à rédiger, c'est effectivement effrayant. Quand je pense que la maîtresse d'Adam a au moins deux réunions par an par enfant (ils sont 10 dans la
classe), cela représente un temps considérable pour des rapports dont on ignore l'utilisation!


Vous exercez un très beau métier. Les conditions de scolarisation sont néanmoins difficiles et je suis la première à le reconnaître.


Ce que je sais également, c'est que sans scolarisation, mon fils serait en institution depuis bien longtemps, sans perspective. De temps à autre, je vais voir la maîtresse de GS (qui en a bavé
quand Adam était dans sa classe). Elle est toujours stupéfaite des progrès qu'il a accomplis ces deux dernières années. Elle a grandement contribué à son épanouissement...