Le bras cassé (2) : 24 heures à l’hôpital

Publié le par Cécile

Adam devait faire une radio de contrôle 15 jours après sa fracture du bras. Comme nous étions en vacances à ce moment là, je l’ai donc emmené au cabinet médical de Tignes le Lac le jour dit où, après une longue attente, le médecin lui a fait passer une première radio du poignet vue de face, puis une seconde vue de profil.

Là, tout se complique, le médecin très ennuyé m’appelle et me dit « ce n’est pas bon, regardez ». Même en n’étant pas médecin, je vois en effet que l’un des os du poignet a basculé et qu’il est en train de se calcifier en formant un « v ». « Je pense qu’il faudrait opérer, allez tout de suite aux urgences de Bourg Saint Maurice » me dit-il.

Le temps de remonter prendre la voiture, de confier Axel à des amis car l’après midi s’annonçait chargée et nous descendons aux urgences avec Adam, mon frère et moi. Il est 13 heures. Adam n’a pris qu’une sucette et un peu d’eau vers 11 heures, il est donc presque à jeun s’il faut l’opérer. Je n’espère qu’une chose, c’est que nous n’attendions pas trop longtemps comme cela a été le cas à l’hôpital de Kremlin Bicêtre 15 jours auparavant.

Lorsque nous nous présentons à l’accueil, après l’admission d’Adam, la personne nous demande de sonner immédiatement au service des urgences pour que quelqu’un vienne. De fait, la cadre infirmière arrive presque instantanément et nous reçoit pour savoir quelle est la nature de notre visite. Je lui explique en deux mots et lui précise qu’Adam étant autiste, ses capacités d’attente sont limitées. Elle me remercie de l’avoir prévenue et m’indique qu’elle va faire en sorte que cela aille le plus vite possible, ce qui va être le cas.

En effet, à peine 10 minutes après, elle nous rappelle pour nous dire que le chirurgien va venir voir les radios et le médecin arrive. Il regarde les deux clichés et me dit qu’il faut opérer. Aie, ce n’est pas vraiment une surprise mais j’espérais qu’on puisse trouver une autre solution.

Avec mon frère, nous nous préparons alors à passer des moments tout à fait enrichissants en écoutant l’infirmière nous expliquer le déroulement de l’intervention : Adam va déjà être douché avec de la Bétadine, de la tête au pied. Puis, il va être habillé avec un pyjama spécial pour l’intervention avant de monter dans le service de chirurgie. Là bas, l’anesthésiste va venir le voir pour le questionner. Pour préparer l’intervention, Adam va être perfusé. Enfin, quand il sera complètement à jeun, il partira au bloc pour être opéré !!! « Pensez-vous que cela ira ? » nous demande cette dame tout à fait charmante. Avec Nicolas, nous nous regardons, hésitant entre rire ou nous lamenter sur notre sort. Finalement, je lui réponds poliment que l’après-midi va être pleine d’expériences nouvelles et que pour ce qui est de la douche, nous allons nous en occuper nous-mêmes.

Direction la salle de dégravillonnage pour la douche (eh oui, en montagne, il y a beaucoup de chutes de VTTistes). Adam a horreur des douches alors quand il va voir en plus la couleur de la Bétadine, ça promet d’être amusant … Avec Nicolas, nous nous en sortons finalement bien, y compris pour le shampooing même si je déconseille vivement la Bétadine pour se laver les cheveux ! Adam ressort de la salle avec son pyjama d’hôpital bleu que j’ai le plus grand mal à attacher et accepte de mettre des petits chaussons spéciaux. Ses vêtements sont mis dans un sac en plastique que je garde.

Commence alors une « petite » attente (à peine 20 minutes) durant laquelle Adam remarque qu’il a une petite griffure sur la cuisse. Il veut absolument un pansement. Je lui demande de rester assis et d’attendre mais rien n’y fait, il commence à s’agiter. Il m’énerve tellement avec son sparadrap que je finis par lui dire d’aller demander lui-même son pansement. Surprise, Adam se lève immédiatement pour aller dans le couloir à la recherche d’un membre du personnel, qu’il finit par trouver, et je l’entends dire « un pansement, s’il te plait ». Le problème est réglé, Adam a un superbe pansement avec des dessins de nounours dessus.

Vers 14h40, soit juste une heure après notre arrivée, l’infirmière qui nous a accueillis nous informe que nous allons monter dans le service. Elle demande à Adam s’il veut y aller en marchant ou en fauteuil roulant. Il réfléchit très peu et lui dit « en fauteuil roulant ». C’est comme un pacha qu’il arrive donc en chirurgie. Avant de repartir, l’infirmière me dit qu’elle a vu sa collègue et qu’Adam ne va finalement pas être perfusé pour préparer l’intervention mais qu’il aura un calmant. Ouf car le plan perfusion, je ne le sentais pas (la suite m’a donné raison).

La chambre d’Adam n’étant pas prête, nous attendons dans le couloir où on nous a installé trois sièges. Nouvelle « petite » attente car l’anesthésiste arrive très peu de temps après pour le questionnaire préalable à l’opération. La charte du patient est accrochée un peu partout sur les murs de l’hôpital, elle s’adresse donc à Adam et lui explique en terme technique qui elle est et ce qu’elle va faire. Après son exposé, elle me regarde et me demande si Adam a bien compris ce qu’elle lui a dit. Entre nous, même un enfant neurotypique aurait eu du mal à saisir l’intégralité des explications mais j’ai trouvé cela tout à fait correct qu’elle considère Adam pour ce qu’il était : un patient avant d’être un enfant autiste. Je lui réponds de ne pas s’inquiéter et je résume à Adam la situation : « le docteur va te donner un médicament pour faire dodo avant l’opération ». Le message est bien reçu par Adam, comme le montrera la suite des opérations.

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Il faut préparer la veine avec une crème pour la future perfusion. Sur les conseils de Nicolas, avec deux papiers collants pour qu’Adam ne joue pas avec, tout est en place. Il est 15h10. On nous installe ensuite dans une chambre et une aide soignante m’amène le fameux calmant à administrer … par voie rectale à Adam ainsi que des gants stériles car elle préfère que je le fasse, compte tenu de sa pathologie. Adam a horreur des suppositoires. Cela n’a donc pas été très facile. Aidée de mon frère, je couche Adam sur le flanc et je lui administre le produit.

A 16 heures, le brancardier vient chercher Adam pour l’emmener au bloc. Il ne demande pas ma présence puisqu’il a compris ce qui allait se passer. L’anesthésiste m’a rapporté qu’elle n’avait eu aucune difficulté pour l’endormir avec le masque et qu’il s’était laissé faire après une nouvelle série d’explications. Comme quoi, s’occuper d’un enfant autiste n’est pas si compliqué pour peu qu’on y mette de la bonne volonté et qu’on ne le fasse pas trop attendre. Il ne se sera écoulé que 2h20 entre l’admission d’Adam et son opération, essentiellement pour qu’il soit complètement à jeun.

A 18 heures, Adam, toujours endormi, est remonté dans la chambre avec sa perfusion. Il mettra deux heures à se réveiller, en prononçant de temps à autre des paroles très sensées, toujours les mêmes : « la voiture bleue de maman », « la maison de Béatrice » (l’amie chez laquelle nous résidions), « les vêtements dans le sac en plastique ». A son réveil, Adam va tenter d’arracher le fil de la perfusion. L’infirmière vient donc le trouver et lui dit qu’elle enlèvera le fil à condition qu’il mange et boive, ce qu’Adam va faire de bonne grâce. Il faut dire qu’il n’a presque rien mangé depuis le petit déjeuner !

Toujours soucieuse du droit des patients, l’infirmière du service me précise que l’équipe médicale n’avait pas dit à Adam ce qui allait être fait au cours de l’intervention, pour ne pas l’effrayer (en fait, l’os a été cassé pour réduire la fracture et il a été broché). Cela n’est pas bien grave mais démontre une fois encore qu’Adam a été considéré par l’hôpital de Bourg Saint Maurice comme un patient aussi respectable qu’un autre.

Il n’y a pas eu de complications postopératoires et après une nuit passée à l’hôpital avec Adam (Nicolas était reparti s’occuper d’Axel vers 19 heures), nous sommes ressortis un peu avant midi pour remonter à Tignes et finir les vacances avec un nouveau plâtre.

La radio à J + 8 était bonne, celle à J + 21 également. Adam devrait être déplâtré à la fin du mois d’août.

Publié dans Vie quotidienne

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Agnès 28/08/2010 18:15


Super Adam :-) C'est réconfortant de voir la qualité des soins pédiatriques qui lui ont été prodigués. Mais en fait, il n'y a pas de secret, quand on respecte le patient, y compris s'il est
autiste, sourd, désorienté voir dément pour les plus âgés, ne parlant pas la langue, on le rassure et on facilite les soins. Tu devrais mettre un mot au directeur de l'hôpital pour remercier le
personnel (c'est plutôt les mécontents qui écrivent ...)