Laissez entrer les idiots (2)

Publié le par Cécile

Fin novembre 2009, nous sortons de la séance de musicothérapie avec Adam. Il est presque 19 heures 30, il fait froid et noir mais le ciel est dégagé. J’aperçois une lumière dans le ciel et je dis à Adam « regarde, il y a un avion dans le ciel ». Adam lève la tête et me répond « oui, l’avion il vole dans le ciel ».

En une phrase, assez anodine, Adam vient de me redonner confiance en moi-même. Au diable cette évaluation de l’hôpital (Laissez entrer les idiots), mon fils comprend déjà beaucoup de choses et de situations, comment ai-je pu douter un seul instant de lui et de ses prises en charge ? Je suis regonflée à bloc, prête pour de nouveaux défis.

En janvier 2010, je contacte un cabinet de psychologie, spécialisé dans la remédiation cognitive des enfants autistes pour faire passer une nouvelle évaluation à Adam. Celle de l’hôpital est en effet inexploitable pour l’orientation scolaire de mon fils, même si elle est préconise un passage en CLIS autiste (c’est le dada de cet hôpital, presque tous les enfants y ont droit).

A la fin de mois, je me rends donc à Paris avec Adam. Le contact avec la psychologue est chaleureux, Adam joue immédiatement dans la pièce qu’il a aussitôt investie. Pendant que je réponds au questionnaire destiné aux parents, Adam passe les tests. En une après midi, le tout est terminé et nous repartons.

Le test utilisé est le PEP-3 (Profil Psycho Educatif, 3ème version), version 2008. Ce n’est donc pas la même version que celle qui a servi à évaluer Adam à l’hôpital. En particulier, ne figure pas une série de questions sur lesquelles Adam était en échec, telles que :

-          Lit des mots courts

-          Lit une phrase courte

-          Lit avec peu d’erreurs

-          Comprend ce qu’il lit

-          Connait son numéro de téléphone

-          Connait sa date précise de naissance

-          Connait son adresse

Je précise qu’en mai/juin 2009, Adam n’avait pas encore 6 ans et qu’il n’aurait de tout façon pas été en âge d’être scolarisé à école élémentaire s’il n’avait pas fait deux petites sections. Pas étonnant donc qu’il n’ait pas réussi ces tests précis, son frère aîné aurait également échoué au même âge.

Les résultats d’Adam en terme d’âge de développement sont les suivants (âge réel : 6 ans et demi) :

-          Cognition Verbale/Préverbale :    5 ans 5 mois

-          Langage Expressif :                       2 ans 10 mois

-          Langage Réceptif :                        2 ans 6 mois

-          Motricité Fine :                              3 ans 10 mois

-          Motricité Globale :                        2 ans 10 mois

-          Imitation Occulo-Motrice :            2 ans 8 mois

-          Autonomie Personnelle :               2 ans 4 mois

L’âge de développement moyen d’Adam dans la catégorie « communication » qui regroupe la cognition verbale/préverbal, le langage expressif et le langage réceptif est de 3 ans et 7 mois. Celui concernant la catégorie « « motricité » qui regroupe la motricité fine, la motricité globale et l’imitation occulo-motrice est de 3 ans et 1 mois.

Les difficultés d’Adam sont qualifiées de modérées, le score obtenu dans le domaine de la cognition verbale et préverbale laissant préjuger de bonnes capacités d’apprentissage, en particulier au niveau scolaire.

Printemps 2010

Parallèlement, la psychomotricienne d’Adam a fait un bilan plus précis dans son domaine de compétence (le PEP-3 est limité quant aux questions posées) :

- Sur le plan corporel, Adam a une bonne connaissance du schéma corporel et son âge développemental est évalué à 3 ans et 6 mois en nomination, à 4 ans en démonstration. Son dessin de représentation du corps est évalué à 5 ans 5 mois.

- Au niveau de l’équilibre, Adam tient les équilibres statiques et dynamiques, comme un enfant de la tranche d’âge 5/6 ans.

- Au niveau des graphismes, Adam tient son crayon de manière adaptée, les pré-scripturaux sont en place : les vagues et les lignes droites sont bien réalisées même si le geste graphique reste encore difficile. Le labyrinthe est effectué sans erreur de logique, comme un enfant de 6 ans.

- Sur le plan grapho-perceptif, Adam recopie les formes géométriques principales, l’épreuve d’organisation grapho-perceptive VMI (la reproduction de figures) correspond à un âge développemental de 4 ans et 9 mois. Enfin, lors de l’épreuve de reproduction rythmique de Mira Stamback, Adam réussit 16 structures sur 20, ce qui correspond à un âge de plus de 7 ans.

Les constats opérés tant au niveau de l’examen psycho développemental que du bilan psychomoteur sont donc assez différents de ceux faits à l’hôpital, même si on retrouve des compétences hétérogènes, avec des pics comme en musique ou en modelage de matières. Surtout, ils insistent sur les capacités d’apprentissage d’Adam.

Quelles en sont les raisons ?

Adam a-t-il nettement progressé en 7 mois (de juin 2009 à janvier 2010) ou bien le fait qu’il n’est pas été coopérant à l’hôpital suffit-il à expliquer le « mauvais » compte-rendu hospitalier ? Sûrement un peu des deux.

La psychiatre qui suit Adam depuis 2005, également attachée dans le même service, m’a également expliqué qu’à partir du moment où l’enfant n’imitait pas et n’était pas coopérant avec l’équipe, le compte-rendu était presque toujours négatif. Je la remercie pour le décryptage mais j’aurai préféré l’entendre de la chef de service de l’hôpital !

Il n’en reste pas moins qu’Adam est loin d’être un idiot et surtout, il est susceptible de progresser. Tout viendra en son temps.

C’est ce que je retiens de cette seconde évaluation : rien n’est jamais figé et il faut faire confiance à l’enfant.

Publié dans Handicap

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